Le modèle noir, de Géricault à Matisse
30/04/2019

Le modèle noir, de Géricault à Matisse                                  

En 1791, peu après la Révolution française, est proclamée un premier décret d’abolition de l’esclavage, un point de rupture historique qui marque l’émergence du « modèle noir » dans l’art occidental, parmi lesquels des portraits d’individus noirs émancipés tels Thomas Alexandre Dumaspeint par Louis Gauffier ou bien Madeleinepar Marie-Guillemine Benoist. Si ces œuvres occupent peu à peu une place importante de l’espace artistiques créé par la révolution politique et sociale de l’époque, elles témoignent aussi des ambiguïtés propres à leur temps. Portée par trois moments forts – le temps de l’abolition de l’esclavage (1794-1848), le temps de la Nouvelle Peinture (Manet, Bazille, Degas, Cézanne) et le temps des premières avant-gardes du XXe siècle -, cette exposition propose un nouveau regard sur un sujet trop longtemps négligé : la contribution importante de personnes et de personnalités noires à l’histoire des arts. L’objectif est donc de redonner à tous ces « modèles noirs », grands oubliés du récit de la modernité ; un nom, une histoire, une visibilité.

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L’un des premiers artistes à manifester son implication dans ce combat fraternitaire est Géricault, avec son célèbre tableau, Le Radeau de la Méduse, qui relate la funeste expédition coloniale de la frégate La Méduseà l’été 1816, au large des côtes de Mauritanie. En effet, si la première esquisse du tableau frappe par l’absence de tout Noir, la composition finale en compte trois : en multipliant les figures noires dans son tableau, Géricault résume ainsi son combat en faveur de l’abolitionnisme. Nous savons qu’il a eu recours pour ses peintures, au célèbre modèle Joseph, originaire d’Haïti, aussi représenté par Théodore Chassériau. Connu par son seul prénom, Joseph fut l’un des plus célèbres modèles d’artiste du XIXe siècle, repéré par Chassériau au sein d’une troupe d’acrobates et devenu modèle officiel de l’École des Beaux-Arts.

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Dans le combat contre l’esclavage, l’art devient aussi un moyen de dénoncer ce qu’endurent les victimes d’un système inhumain. Marcel Verdier, élève d’Ingres, se voir refuser son Châtiment des quatre piquetsau Salon de 1843. Le tableau lève le voile sur la réalité coloniale, en brisant les tabous ; un choc visuel qui permet de sensibiliser le public et de le culpabiliser en le confrontant à sa propre indifférence ou passivité. Ainsi, le spectacle d’une humanité sous les fers, martyrisée et subissant un sort atroce, est largement exploité dans les années 1840. Il faudra attendre l’abolition de l’esclavage dans les colonies en 1848 pour célébrer enfin cette mesure symbolique par des tableaux ou Noirs et Blancs sont rassemblés, où la liesse des affranchis, les chaînes brisées et l’unité fraternelle peuvent enfin s’exprimer, à l’image du tableau de Nicolas Gosse, L’esclave Affranchi.

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Plus tard, au XIXe siècle, les artistes veulent se détacher des stéréotypes associés aux personnages noirs et les représenter à la manière de portraits intimistes et individualisés : c’est notamment de cette façon que Baudelaire choisi de représenter Jeanne Duval, aux origines haïtiennes et qui partagera sa vie à partir de 1842, marquant de sa présence envoûtante Les Fleurs du Malet les desseins du poète. Plusieurs œuvres de Baudelaire l’évoquent et la représentent ; celle qu’il appelle « la féline », beauté tantôt aimable, tantôt inquiétante… Mais la peinture et la littérature ne sont pas les seuls arts dans lesquels nous retrouvons de plus en plus les personnalités noires : le milieu du spectacle compte de nombreux artistes originaires des États-Unis ou de la Caraïbe. Parmi eux nous pouvons citer la musicienne havanaise Maria Martinez, le comédien shakespearien Ira Aldridge, le pianiste virtuose Blind Tom, l’acrobate aérienne Miss La La, représentée par Degas, ainsi que le clown Rafael connu sous le nom de Chocolat, star du Moulin Rouge avec son compère blanc Foottit.

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Après les années 1960, c’est l’avènement du jazz et de la culture musicale et artistique née dans le quartier de Harlem aux États-Unis. De nombreux intellectuels comme Du Bois, Alain Locke, des musiciens comme Louis Armstrong ou Billie Holliday…défendent une culture noire moderne et urbaine qui fascine les artistes français comme Matisse lui-même sera fasciné par New-York, ses gratte-ciels, sa lumière et ses « musicals ». La Harlem Renaissance et le pop et d’aujourd’hui détruisent les tabous et les stéréotypes à l’image de la réinterprétation de la célèbre Olympiade Manet, où ce n’est plus une femme blanche et une servante noire mais une femme noire et une servante blanche qui composent l’œuvre, tous les référents étant alors inversés.

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